Comment faire un nœud de cravate : les 4 nœuds essentiels
Les quatre nœuds de cravate essentiels, expliqués geste par geste, avec le col et la soie qui vont avec chacun.
Un nœud de cravate se noue toujours selon le même principe : le grand pan s’enroule autour du petit, fait un ou deux tours, remonte dans la boucle du cou et redescend par-devant. Ce qui change d’un nœud à l’autre, en revanche, c’est le nombre de tours et leur sens. Voici donc les quatre qui couvrent l’essentiel des situations.
Deux mathématiciens de Cambridge, Thomas Fink et Yong Mao, ont recensé quatre-vingt-cinq nœuds de cravate possibles. Quatre suffisent pourtant pour une vie entière. Nous les décrivons ci-dessous geste par geste, ainsi que le col de chemise et la soie qui conviennent à chacun. Pour aller plus loin, l’encyclopédie Wikipédia consacre d’ailleurs une page aux nœuds de cravate et à leur histoire.
Le vocabulaire et les trois repères
Trois mots reviennent dans toutes les explications qui suivent, alors autant les fixer d’emblée. Le grand pan est la partie large de la cravate, celle qui travaille et qui forme le nœud. Le petit pan, quant à lui, est la partie étroite, qui reste presque immobile. Enfin, la boucle du cou est l’espace entre le col et la cravate. Le grand pan y remonte à la fin de chaque nœud.
Nous décrivons les gestes pour une personne droitière, cravate autour du cou, col relevé, grand pan à droite et petit pan à gauche. Pour une personne gauchère, il suffit alors d’inverser la droite et la gauche.
Repère n°1 : la longueur de départ
Placez le grand pan environ trente centimètres plus bas que le petit pan avant de commencer. Le Windsor et le double nœud consomment davantage de soie : ajoutez cinq à dix centimètres. Nœud terminé, la pointe du grand pan doit alors affleurer le milieu de la boucle de ceinture. Plus haut, la pointe coupe la silhouette ; plus bas, en revanche, la cravate flotte.
Repère n°2 : la goutte
Le petit creux vertical juste sous le nœud s’appelle la goutte. C’est lui, d’ailleurs, qui sépare une cravate posée d’une cravate nouée. Il se forme au serrage. Pincez donc la soie sous le nœud avec l’index, tandis que vous faites remonter le nœud vers le col.
Toutes les cravates n’en sont pas capables, et pour deux raisons différentes selon la construction. Sur une cravate 3 plis, c’est l’entoilage à base de laine qui donne au nœud sa mémoire de forme. Grâce à lui, ce creux tient toute une journée. En revanche, sur une cravate mal entoilée, la goutte s’ouvre au premier mouvement, quel que soit le geste.
Quant à la 7 plis, sans doublure ni triplure, aucun entoilage ne vient l’aider : seule la qualité de la soie permet la goutte. Dans les deux cas il faut une soie souple et fluide, car une soie rigide refuse de se plier ainsi. La goutte est donc un excellent révélateur de la qualité d’une cravate.
Repère n°3 : le serrage
Tenez le petit pan d’une main tandis que l’autre fait glisser le nœud vers le col. Ne tirez jamais sur le petit pan pour resserrer, car ce geste vrille la soie et marque la cravate durablement.
Comment faire un nœud de cravate : les quatre nœuds pas à pas
1. Le nœud simple, premier nœud de cravate à apprendre
Appelé aussi four-in-hand, c’est le nœud le plus porté au monde. Compact et légèrement allongé, il reste toutefois discrètement asymétrique. Cette imperfection assumée est exactement ce qui plaît, car il n’a jamais l’air appliqué.
- Grand pan à droite, environ trente centimètres plus bas que le petit pan.
- Passez le grand pan par-dessus le petit pan, vers la gauche.
- Passez-le ensuite par-dessous le petit pan, vers la droite.
- Ramenez-le devant, vers la gauche. Le grand pan a alors fait un tour complet.
- Puis remontez-le par-dessous, dans la boucle du cou.
- Faites-le redescendre dans la boucle qui vient de se former devant le nœud.
- Serrez en tirant sur le grand pan, formez la goutte, puis faites remonter le nœud vers le col.
Il convient notamment aux cols à ouverture étroite ou moyenne et aux cols boutonnés. C’est le nœud du quotidien, le seul qui reste juste avec une chemise décontractée. Il réussit aussi le mieux aux soies épaisses, car son faible volume compense l’épaisseur de la cravate.
2. Le double nœud
Le nœud simple avec un tour de plus, aussi appelé nœud Prince Albert ou nœud Victoria. Il se montre donc plus dense, plus long, presque cylindrique. C’est d’ailleurs le plus flatteur sur les cravates fines.
- Grand pan à droite, environ trente-cinq centimètres plus bas que le petit pan : ce nœud consomme davantage de longueur.
- Passez le grand pan par-dessus le petit pan, vers la gauche.
- Puis par-dessous le petit pan, vers la droite.
- Ensuite devant, vers la gauche.
- À nouveau par-dessous le petit pan, vers la droite.
- À nouveau devant, vers la gauche. Le grand pan a alors fait deux tours.
- Remontez-le par-dessous, dans la boucle du cou.
- Faites-le redescendre à travers les deux boucles formées devant le nœud.
- Enfin, serrez lentement, en remontant le nœud par petits mouvements.
Laissez le premier tour dépasser très légèrement sous le second, en bas du nœud, car ce décalage volontaire constitue la signature du double nœud. Il s’adresse notamment aux cravates fines ou en soie légère, aux cols à ouverture étroite à moyenne et aux silhouettes élancées.
3. Le demi-Windsor, le nœud de cravate le plus polyvalent
Symétrique et triangulaire, il garde pourtant une taille moyenne. C’est aussi le plus polyvalent des quatre : assez net pour un rendez-vous important, mais assez discret pour une journée ordinaire.
- Grand pan à droite, environ trente centimètres plus bas que le petit pan.
- Passez le grand pan par-dessus le petit pan, vers la gauche.
- Passez-le ensuite par-dessous le petit pan, vers la droite.
- Remontez-le vers le centre, en direction de la boucle du cou.
- Passez-le dans la boucle du cou et laissez-le redescendre à gauche.
- Ramenez-le alors devant, vers la droite.
- Puis remontez-le par-dessous, dans la boucle du cou.
- Faites-le redescendre dans la boucle formée devant le nœud.
- Enfin, serrez, formez la goutte, remontez le nœud.
Si vous ne deviez en apprendre qu’un seul en plus du nœud simple, c’est celui-là. Il sert surtout les cols à ouverture moyenne à large, ainsi que les cravates d’épaisseur standard. Très proche du nœud simple, il se montre un peu plus tenu. Il autorise moins de nonchalance parce qu’il se tient mieux, sans rien de la rigidité du Windsor.
4. Le Windsor, le nœud de cravate le plus ample
Large, parfaitement symétrique, franchement triangulaire. Il remplit ainsi un col ouvert comme aucun autre. Son nom prête pourtant à confusion : le duc de Windsor ne l’a pas inventé. Il aimait les nœuds volumineux, mais les obtenait avec des cravates plus épaisses, nouées simplement.
- Grand pan à droite, environ trente-cinq à quarante centimètres plus bas que le petit pan : c’est le nœud le plus gourmand des quatre.
- Passez le grand pan par-dessus le petit pan, vers la gauche.
- Remontez-le ensuite par-dessous, dans la boucle du cou.
- Puis laissez-le redescendre à gauche.
- Passez-le derrière le petit pan, vers la droite.
- Remontez-le vers le centre, en direction de la boucle du cou.
- Passez-le dans la boucle du cou et laissez-le redescendre à droite.
- Ramenez-le alors devant, vers la gauche.
- Remontez-le par-dessous, dans la boucle du cou.
- Faites-le redescendre dans la boucle formée devant le nœud.
- Enfin, serrez en maintenant le triangle bien symétrique des deux mains.
Il se destine plutôt aux cols à ouverture large et aux cols cassés, avec une soie fine à moyenne. Sur une soie épaisse, toutefois, il devient énorme et écarte les pointes du col. Il demande aussi de la longueur : vérifiez que la pointe atteint bien la ceinture avant de le choisir.
Notre choix
Le parti pris de la maison
Sur ce site, nous nouons toutes les cravates photographiées en nœud simple, quelle que soit la soie, quelle que soit la construction. C’est d’ailleurs un choix, pas une facilité. Son asymétrie laisse une marge, car deux nœuds simples ne sont jamais tout à fait identiques. Celui du matin ne ressemble pas à celui de la veille, et cette liberté appartient à celui ou celle qui le noue. Le Windsor n’a pourtant qu’un seul résultat juste. Il reste irréprochable, mais fermé à toute interprétation.
Liberté ne veut pas dire flottement. Chacune de nos cravates porte une piqûre col : une couture placée sur la partie de la cravate qui passe à l’intérieur du col de chemise. Cette couture rigidifie la cravate à cet endroit précis. Dès que le col retombe par-dessus, elle ne quitte plus la position où vous l’avez posée. La liberté est donc dans le geste, pas dans la tenue.
Quel nœud de cravate pour quel col
Le nœud simple, petit et allongé, va aux cols peu ou moyennement ouverts et au col boutonné, dans une soie moyenne à épaisse. Le double nœud, allongé lui aussi, va à un col peu ou moyennement ouvert et préfère une soie fine à moyenne. Quant au demi-Windsor, triangulaire et de taille moyenne, il habille un col moyennement ouvert à large. Enfin, le Windsor, le plus ample, convient à un col très ouvert ou à un col cassé, dans une soie fine à moyenne.
La règle tient donc en une phrase : plus le col s’ouvre, plus le nœud doit être large. Sinon, un triangle de chemise nue apparaît entre les pointes du col.
Le volume du nœud de cravate vient de la soie, pas du nombre de plis
Une idée reçue tenace veut que le nombre de plis fasse l’épaisseur d’une cravate. C’est pourtant l’inverse. Ainsi, une cravate 7 plis naît d’un seul carré de soie replié sur lui-même, sans doublure ni triplure ajoutées. Elle est souple, légère, et son nœud reste fluide. Elle accepte aussi tous les nœuds de cette liste, Windsor compris.
Les cravates les plus épaisses sont au contraire des 3 plis en soie tissée : grenadine, étamine de soie, et plus largement toute soie tissée plutôt qu’imprimée. Le tissage apporte ainsi du grain, du corps et de la matière. Avec elles, le nœud prend vite du volume. Privilégiez alors le nœud simple et laissez le Windsor de côté, sauf à rechercher délibérément un nœud imposant.
Le réflexe à prendre : regardez la soie avant de compter les plis. Par exemple, une grenadine donnera toujours un nœud plus gros qu’un twill imprimé, quel que soit le montage.
Seconde variable, la longueur. En taille standard, une cravate mesure entre cent quarante-cinq et cent cinquante centimètres. Un Windsor consomme facilement dix centimètres de plus qu’un nœud simple. Sur une grande taille, la pointe finit alors au-dessus de la ceinture. Le nœud simple règle donc le problème sans changer de cravate.
Les erreurs qui se voient tout de suite
- La pointe trop haute ou trop basse. Le repère reste le milieu de la boucle de ceinture, plutôt que la ceinture elle-même.
- Le petit pan qui dépasse. Glissez-le alors dans le passant cousu au dos du grand pan. S’il dépasse encore, reprenez le nœud avec un tour de plus, le double nœud à la place du simple par exemple.
- Le nœud desserré sur un col fermé. Le nœud doit toucher le col sans écraser la chemise. Un espace visible fait négligé, en particulier en photo.
- Le nœud plat, sans goutte. Un nœud sans creux paraît raide. Pensez donc à former le pli au serrage, jamais après.
- Le nœud trop gros pour le col. Si les pointes du col s’écartent, changez de nœud plutôt que de chemise.
- Le serrage par le petit pan. Ce geste vrille la soie et laisse ainsi une marque permanente.
Dénouer le nœud et ranger sa cravate
Défaites toujours le nœud en refaisant les gestes à l’envers. Tirer le petit pan à travers le nœud pour l’ouvrir d’un coup use une cravate plus vite que tout autre geste. La soie se vrille alors, et la marque du nœud finit par ne plus partir.
Entre deux ports, laissez la cravate reposer à plat ou suspendue, à l’abri de la lumière. La soie ne se lave pas en machine et supporte mal l’eau. Une tache part donc uniquement en nettoyage à sec professionnel. Un faux pli se traite plutôt au défroisseur vapeur, tenu à une dizaine de centimètres, jamais au fer posé sur la soie.
Questions fréquentes
Quel est le nœud de cravate le plus facile ?
Le nœud simple, en cinq gestes. C’est le meilleur premier apprentissage, car il convient à presque tous les cols et pardonne les approximations.
Quel nœud de cravate pour un mariage ?
Le demi-Windsor dans la grande majorité des cas : symétrique, net, jamais ostentatoire. Choisissez plutôt le Windsor lorsque le col s’ouvre largement ou que la cérémonie se veut particulièrement formelle. Pour un dress code black-tie, en revanche, la cravate cède la place au nœud papillon.
Quel nœud faire avec une cravate trop courte ?
Le nœud simple, le moins gourmand en longueur des quatre. À l’inverse, évitez le Windsor, qui peut coûter dix centimètres de plus qu’un nœud simple.
Ces nœuds sont-ils réservés aux hommes ?
Non. Les quatre nœuds se nouent donc exactement de la même façon quel que soit celui ou celle qui les porte. La cravate se porte aussi bien sur un costume que sur une chemise ample ou un tailleur, et le choix du nœud dépend du col, pas de la personne.
Faut-il refaire son nœud tous les jours ?
Oui, car laisser le nœud fait et enfiler la cravate par la tête fatigue la soie au même endroit. Le pli se déforme alors de manière irréversible. Deux minutes chaque matin prolongent ainsi la vie d’une cravate de plusieurs années.
Si vous portez aussi de la soie autrement qu’en cravate, notre guide comment nouer un foulard détaille dix façons de le porter, et nos carrés de soie se prêtent aux mêmes jeux de nœuds.
De l’atelier
Les pièces pour nouer
Montées à la main, à Paris pour les 3 plis et en Italie pour les 7 plis, dans une soie tissée dans la région du lac de Côme.


















